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Cameroun: Coup d’Etat Manqué, Les héros du 6 avril 1984

Ils ont fait échec à la tentative de déstabilisation des institutions. Mais la polémique persiste sur le rôle des uns et des autres…

Une poignée d’officiers supérieurs de l’armée camerounaise ont travaillé activement —et séparément— à faire échec à la tentative de coup d’Etat. Parmi les plus en vue, on cite le général Pierre Semengue. L’officier le plus gradé (au poste le plus élevé) de l’armée camerounaise, était bien informé de la préparation de l’insurrection. Incertain de la date de mise en exécution de ladite insurrection, il avait pris le soin -dans le plus grand secret- de consigner au stationnement à quelques kilomètres de Yaoundé une unité militaire avec armes et munitions. Sorti miraculeusement des tirs d’obus essuyés par son domicile en ce matin du 6 avril 1984, il sera l’homme orchestre de la réplique. L’apport de l’unité militaire de réserve sera déterminante. Car, elle prend au dépourvu les putschistes qui s’étaient assurés au préalable le quartier général des armées (entendez toutes les armes et munitions). Le commissaire divisionnaire Ndongo compte également parmi ceux qui gardaient par dévers eux armes et munitions. Celles-ci seront d’un très grand apport dans l’organisation de la résistance. L’Etat-major des forces terrestres à Yaoundé, sous la conduite du colonel Samobo (aujourd’hui général de division) s’en servira pour libérer le quartier général des armées; où étaient pris en otage le directeur de la sécurité présidentielle et le délégué général à la sûreté nationale. Le déploiement du commandant Benahe -promu aujourd’hui général de brigade— est par ailleurs à relever parmi les actions décisives. Après avoir flairé les origines de l’insurrection et découvert l’ampleur du désastre, il s’assure la disponibilité de la station terrienne de Zamengoué. A partir de ces installations stratégiques, il demande à quelques chefs militaires de faire mouvement vers la capitale. A la présidence de la République, une demi-douzaine d’hommes en tenue, sous les ordres du capitaine Ivo (actuellement général de brigade) tiennent en respect les insurgés. Pendant plus d’une journée, ils donnent du fil à retordre aux putschistes et finissent par prendre le dessus grâce à une parfaite connaissance des lieux et un sang froid légendaire. Le maréchal de logis-chef, Hollong Etienne, est cité comme un exemple de fidélité et de loyauté au service de la sécurité présidentielle. En mettant le palais de l’unité dans le noir pour n’illuminer que ses jardins, il a facilité le travail aux hommes restés fidèles. Hollong Etienne, aujourd’hui commandant d’armée, s’était déjà illustré en août 1983 par l’alerte de sa tutelle sur la préparation d’une atteinte à la sûreté de l’Etat. Les autres acteurs La bravoure des formations militaires venues de l’intérieur du pays a apporté un plus dans le triomphe des forces loyalistes. La colonne d’hommes partie d’Ebolowa sous les ordres du lieutenant-colonel Ebogo Titus a mis en déroute les dernières poches de résistance. Exemple: l’aéroport de Yaoundé, occupé par des armes d’assaut et une poignée d’insurgés est tombé sans coup férir dans l’escarcelle des hommes du lieutenant-colonel Ebogo Titus. Les troupes aéroportées de Koutaba ont aussi pris part au nettoyage des dernières poches de résistance. Sous la conduite du capitaine Bille, les parachutistes débarqués sur les hauteurs du mont Mbankolo, ont participé au retour à la normale, en l’occurrence au centre de production de la radiodiffusion. D’autres officiers de l’armée camerounaise, peu médiatisés, ont apporté leur contribution à la sauvegarde de la légalité républicaine. Citons notamment le général Oumarou djam Yaya ou des colonels Asso’o Eman Benoît, Rémy-Claude Meka et feu Abdoulaye Garoua. Tous promus au grade de général au fil des années. Leur apport reste mal connu. D’où les polémiques enregistrées ici et là. Vingt ans après, les héros du 6 avril 1984 restent divisés sur la question. DAKOLÉ DAISSALA Arbitrairement incarcéré suite à la tentative de putsch, celui qui deviendra 8 ans plus tard ministre d’Etat jette un regard sur les événements d’avril 1984 « Le plus grand malentendu de notre existence nationale »

Il y a 20 ans l’ex-Garde Républicaine tentait un coup d’Etat le 6 Avril 1984. Pour commencer où étiez-vous le soir du 6 Avril 1984?

Bien que ne comprenant pas à priori le sens de la question telle quelle, je vous dirais tout simplement que j’étais chez moi à Tsinga où j’habitais en ce-temps là. Pour tout dire, j’étais revenu à Yaoundé la veille après avoir assisté aux obsèques de mon beau-frère à Maroua.

Après l’échec de ce coup d’Etat, une vague d’arrestations a suivi dont la vôtre. Dans quelles conditions avez-vous été mis aux arrêts ?

Au nom de la responsabilité collective et autres généralisations abusives, les longues journées et nuits des 6, 7, 8 avril 1984 et les sombres jours qui les suivirent, connurent effectivement une vague d’arrestations indiscriminées d’originaires du Nord-Cameroun, et d’autres Sahéliens pour délit de faciès (Ouest-Africains et Tchadiens). Torpeur, horreur, désarroi, psychose du néant, dévalorisation de la vie …. et tous autres mots de cette nature ne diraient pas fidèlement le poids de cette période rappelant une bascule détraquée sous la charge excessive du vrac. Les chasseurs de postes étant très actifs dès novembre 1982, je fus arrêté à mon tour le 10 avril 1984, comme tous les directeurs généraux du Grand-Nord jusqu’au 1er avril 1991 sans jugement ni inculpation!

Est-ce vrai, comme beaucoup le racontent, que vous avez particulièrement subi des humiliations terribles de la part d’un certain Général ?

Quand il vous arrive une histoire folle, vous ne pouvez convaincre personne qu’elle est vraie. En tout état de cause, on doit à la vérité de reconnaître qu’à l’image d’un séisme qui, dans son déchaînement aveugle, sacrifie tant et tant d’innocents, la secousse et ses bourrasques dévastatrices balayèrent de leur souffle mortel des communautés entières. Ce qui ne peut s’appeler autrement que la chasse aux sorcières qui s’ouvrit avec son cortège, habituel en pareil cas, d’horreurs, de frustrations et d’humiliations, donnant lieu à toutes sortes de sordides règlements de comptes. Des encouragements à la délation et des appels à la dénonciation furent lancés. La passion trônait en maîtresse absolue, morbide et destructrice dans son aveuglement naturel. Quant à votre fameux Général, j’avoue que je l’ai connu dans les années 1960 comme jeune officier particulièrement fanfaron et fayot. De ce côté-là, il ne semble pas avoir beaucoup changé, paraît-il. En tout cas, me connaissant particulièrement bien à son tour, il ne pouvait pas se permettre de m’humilier personnellement et impunément. Ce n’est pas la peur de la mort qui m’aurait dissuadé le cas échéant. Par contre, je me souviens qu’il aimait à narguer ses anciens frères d’armes en exhibant théâtralement ses galons à d’anciens officiers supérieurs incarcérés et qui, en plus de la perte de leur liberté, avaient perdu tout sens de l’honneur. Donc la rumeur que vous rapportez n’est fondée que par rapport à une certaine presse à sensation qui nous appelait, insidieusement à notre libération, à cultiver un esprit de revanche au nom de préoccupations politiciennes obscures. En tout état de cause, le sang du prince de GOUNDAYE comme son éducation l’inclinent vers des valeurs transcendantes où le pardon et la foi ont une place privilégiée.

De SA’A dans la Lékié où vous étiez en prison est née l’idée du livre qui sera publié au début des années 1990 sous le titre « Libre derrière les barreaux ». Dans quelles conditions avez-vous rédigé cet opuscule?

En fait, le livre a été écrit à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé à partir de 1986, dans des conditions drastiques et inimaginables d’abord sur des morceaux de paquets de cigarettes, puis transcrits sur dos cahiers d’écoliers, au fond d’une cellule de prison. Il fallait bien chercher à échapper au désespoir total et à l’avilissement complet. Le manuscrit a été sauvé des fouilles quasi quotidiennes grâce à la complicité opérante d’hommes de troupe et de sous-officiers généralement plus responsables que beaucoup d’officiers. C’est un livre dont je vous recommande la lecture pour une bonne compréhension de l’histoire récente de notre pays.

Aujourd’hui avec du recul, pensez-vous qu’il y avait vraiment tentative de coup d’Etat fomenté par les officiers et sous-officiers nordistes.

Le constat est sans appel. Maintenant, il faut expliquer pourquoi il y a eu cette tentative de coup d’Etat et quelle était Sa véritable dimension ou ampleur. En tout état de cause, la Garde républicaine, pour les « frères du Président », restait une force à détruire, en tant que création d’Ahidjo composée presque exclusivement d’éléments «nordistes» et placés sous un commandement strictement musulman. C’était bel et bien le symbole de la puissance dont se targuait l’ancien président, dans son délire à l’encontre du nouveau chef de l’Etat, avec sa tentative d’introduire le bicéphalisme au sommet de l’Etat. Ainsi se multiplièrent les provocations à l’égard du corps (bouclages nocturnes des deux camps de l’unité, intrusions intempestives d’éléments du quartier Général dans ses points sensibles. menaces d’arrestation proférées à l’égard des officiers, etc.), et on fit flèche de tout bois. Par exemple, le parcours d’essai d’un char de la Garde républicaine (qui sortait du garage de réparations) effectué sur la route de Nkolbisson, diamétralement opposée au Palais de l’Unité, résidence du Chef de l’Etatl) a pu être signalé à la presse étrangère comme une tentative de coup de force contre le Président de la République. Donc, profitant plus ou moins subtilement de l’ingénuité des jeunes officiers de la G.R., on crée une psychose d’insécurité propice à toutes les maladresses, à tous les débordements. Avec le petit coup de pouce d’Ahidjo, les jeunes officiers de le G.R. craquèrent, et ce fut l’explosion du 6 avril 1984, avec tous ces gravissimes dérapages aux conséquences multiples et durables. Mais le coup était inévitablement voué à l’échec compte tenu de la composition majoritairement kirdi les éléments animistes et chrétiens du Nord refusant de combattre.

Comment jugez-vous toute la répression qui a suivi après le putsch avorté?

La répression a été terrible, disproportionnée et dépassant tout entendement sur le plan juridique, politique ou simplement humain. L’histoire ne manquera pas de retenir les tristes événements du 6 avril 1984, comme étant le plus grand malentendu de notre existence nationale. Pour ne pas dire plus. La raison en est douloureusement simple. L’Autorité politique a été dessaisie de la gestion de la crise (cf les multiples discours pathétiques du chef de l’Etat en direction de l’armée on ce mois d’avril 1984). La gestion de la grande affaire fut accaparée par des gens dont l’éducation a laissé peu de place à l’humanisme, qui grisés par la puissance du moment, appelaient à l’égorgement et souhaitaient ardemment la guerre civile. C’est à se demander si certains d’entre eux jouissaient véritablement d’une bonne santé mentale. Aujourd’hui le devoir de mémoire impose à tous les Camerounais moralement responsables de conjurer ce genre de situation à jamais.

On a parlé, plus de 20 ans après, d’une loi d’amnistie, avec restitution des biens, puis reclassement dans l’armée, etc. Beaucoup d’anciens putschistes se plaignent de n’avoir rien vu. Quel est votre sentiment à cet égard?

D’abord ce n’est pas tout le monde qui était putschiste ou mutin comme on nous appelait. Par contre la plupart d’entre nous étions victimes de l’arbitraire engendré par la sécheresse du cœur et de l’esprit. La situation de la non-application intégrale de la loi d’amnistie est réelle et c’est révoltant pour n’importe quel citoyen conscient et responsable.

Si on revenait à la tentative de putsch en question. Pensez-vous que le discours qu’avaient tenu les mutins à la Radio était pertinent ? est-il toujours d’actualité aujourd’hui?

Paix à leurs âmes, car ils n’obéissaient qu’à leurs instincts de conservation. Pour le reste, que chacun se mette devant sa conscience.

Vous avez travaillé au gouvernement aux côtés du président Biya. Peut-on dire que cette admission au Gouvernement était une sorte de correction ou de mea culpa du fait de votre incarcération en 1984?

Souvenez-vous qu’à l’issue des élections législatives de 1992, aucun parti politique n’avait obtenu la majorité pour gouverner seul. Alors, comme dans tout contexte démocratique, il fallait recourir à un gouvernement de coalition, A ce titre le MDR, mon parti a été approché par le RDPC du président Biya pour former un gouvernement fiable. Seules les conditions arrêtées d’accord parties fondent la motivation.
ocameroun.info

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