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« Les femmes sont les premières victimes des ravages du cancer en Afrique »

Cette année, mon pays a eu l’honneur d’accueillir la Coupe d’Afrique des Nations, la plus grande manifestation sportive du continent africain. Au cours de ces trois dernières semaines, des milliers de personnes venant des quatre coins du continent se sont réunies pour soutenir leurs équipes nationales.

C’est là toute l’importance du sport. Son pouvoir fédérateur a la capacité d’unir les gens autour d’une passion et de valeurs communes quels que soient leurs origines, leur statut social ou leur croyance.

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le cancer, mon désir le plus cher est de voir un engagement similaire dans cette bataille qui me tient tant à cœur.

Le cancer, un tueur silencieuse

Longtemps ignoré au profit des maladies transmissibles tels que le VIH et la malaria, le cancer est devenu un risque de santé publique majeur en Afrique emportant des centaines de milliers de vies chaque année. Déjà en 2012, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dénombrait plus de 840 000 nouveaux cas et 600 000 décès, des chiffres qui sont probablement sous-évalués compte tenu de l’absence de statistiques fiables dans de nombreux pays.

En raison du vieillissement de la population et des changements du niveau de vie, la tendance va s’accélérer et on estime que les taux de cancer en Afrique augmenteront de plus de 85% d’ici 2030.

Bien que le cancer touche toutes les régions du monde, les taux de mortalité liés aux cancers diagnostiqués sont plus élevés en Afrique qu’ailleurs en raison de la disponibilité plus limitée des médicaments, ainsi que des méthodes de dépistage, prévention, diagnostic et traitement. Le diagnostic et le traitement du cancer doivent dès lors devenir une priorité pour les décideurs politiques et économiques, les professionnels de la santé et les acteurs du développement si on veut réduire la prévalence de ce fléau sur le continent.

Les cancers féminins, une tragédie déstabilisatrice

Comme c’est trop souvent le cas, les femmes sont encore les premières victimes des ravages du cancer en Afrique. Elles représentent 59% des nouveaux cas détectés et 55% des décès. Au Gabon, les cancers les plus fréquents sont ceux du col de l’utérus et du sein, largement plus prédominant que ceux de la prostate et du poumon.

Cela est une réelle tragédie car les femmes sont les véritables piliers de nos sociétés. Elles transmettent non seulement la vie mais aussi les valeurs culturelles et connaissances traditionnelles. Une femme en bonne santé c’est une famille épanouie, une communauté unie et un pays fort. C’est d’ailleurs pour cette raison que ma Fondation, la Fondation Sylvia Bongo Ondimba pour la Famille, s’est donné pour mission de réduire considérablement l’incidence et la mortalité des cancers féminins les plus fréquents au Gabon.

Chaque année, avec la campagne « Octobre Rose », nous renforçons nos activités de sensibilisation auprès de la population et invitons les femmes à se faire dépister gratuitement dans les différentes institutions de santé publique du pays. Depuis le lancement du programme « Agir contre le cancer » en 2013, plus de 220 000 femmes ont été directement informées sur les cancers par les volontaires de la Fondation, 37 938 femmes se sont fait dépister et 51 unités de détection et diagnostic précoce des cancers du sein et du col de l’utérus ont été installées et réhabilitées.

En septembre dernier, la première maison de vie adjacente à l’Institut de Cancérologie de Libreville (ICL) a également ouvert ses portes. Dénommée « Maison d’Alice » en l’honneur de la première patiente gabonaise à avoir été traitée en radiothérapie à l’ICL, ce projet phare de ma Fondation est conçue pour accueillir les patients venus des zones reculées de la capitale ou du pays et ne disposant pas d’options d’hébergement à proximité ou de moyens de transport pour suivre leur traitement en continu à l’ICL.

Belle concrétisation de nos années d’effort, cet établissement démontre notre volonté d’accompagner les patients durant l’entièreté du traitement afin de leur donner les meilleures chances de guérison.

Ensemble, agissons pour un avenir meilleur

Cela étant, aucun pays, aussi dévoué à la cause soit-il, ne peut faire face seul aux coûts élevés liés à la recherche, au dépistage et au traitement du cancer. À l’heure actuelle, la majorité des pays africains dispose d’un nombre très limité de moyens et d’infrastructures pour traiter efficacement les personnes atteintes d’un cancer. Mutualiser nos ressources financières et nos expériences est indispensable pour trouver une solution adaptée aux complexités de l’environnement africain. Cette action conjointe de lutte contre le cancer à l’échelle africaine doit reposer sur la prévention, grâce au dépistage et à la détection précoce, la recherche et la collaboration.

Diagnostiqué et traité à temps, il est possible de guérir du cancer. Cependant, une personne atteinte d’un cancer en Afrique sub-saharienne est 3 fois plus susceptible de mourir qu’une personne atteinte du même cancer aux États-Unis ou en Europe du fait d’un diagnostic tardif. La prévention par des campagnes de sensibilisation, de dépistage et de vaccination sauve des vies. Un dépistage systématique et un traitement précoce du cancer du col de l’utérus peut prévenir jusqu’à 80% des cas.

Contrairement aux pays développés, beaucoup de cancers en Afrique trouvent leur source dans des infections chroniques comme les hépatites B et C ou dans des bactéries se trouvant exclusivement dans des zones tropicales comme celles qui causent le paludisme. Il est donc essentiel de développer la recherche sur le cancer dans le contexte africain.

Message d’espoir

Cette connaissance africaine de la cancérologie a le potentiel de non seulement contribuer au développement de solutions adaptées à nos besoins mais aussi d’offrir une perspective nouvelle et innovante sur le cancer. Je tiens d’ailleurs à saluer la Fondation Lalla Salma – Prévention et Traitement des Cancers, qui finance l’Institut de Recherche sur le Cancer (IRC) au Maroc, le premier institut du genre en Afrique.

Aujourd’hui c’est un message d’espoir que je veux partager avec vous. Le message que le cancer n’est pas une fatalité. On peut en guérir si on agit à temps et qu’on dispose des moyens nécessaires. Une coopération régionale et internationale est donc indispensable pour lutter efficacement contre ce fléau. Des synergies entre institutions du Nord et du Sud doivent être organisées en conjuguant les efforts de tous les acteurs impliqués : chercheurs, praticiens, associations, gouvernement, société civile et secteur privé, que nous pourrons enfin lutter efficacement contre le cancer.

Ainsi, de la même façon que nous nous sommes réunis ces dernières semaines pour faire briller les couleurs de l’Afrique, nous avons le devoir de joindre nos forces et d’agir pour vaincre le cancer et assurer un avenir meilleur à nos populations.

jeuneafrique

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