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Ramadan à Bangui : “Cette année, on le fait sans se cacher”

1er mai ok

Il y a encore quelques mois, la capitale centrafricaine était en proie à des violences interconfessionnelles meurtrières. Mais la situation est aujourd’hui quasiment revenue à la normale à Bangui. En cette période de ramadan, les musulmans peuvent donc aller à la mosquée sans se cacher. Mais ils prient parfois au milieu des travaux, comme dans le quartier Lakouanga, où la mosquée est en cours de reconstruction.

Actuellement en cours de reconstruction, la mosquée du quartier Lakouanga, à Bangui, avait été détruite en mai 2014.

“Il fallait reconstruire cette mosquée, pour favoriser la réconciliation entre musulmans et chrétiens”

Christian Ndotah est un chrétien vivant dans le quartier Lakouanga, dans le 2e arrondissement de Bangui. C’est lui qui est à l’origine de la reconstruction de la mosquée du quartier, qui associe chrétiens et musulmans.

La mosquée avait été complètement saccagée en mai 2014, à titre de représailles après l’attaque perpétrée contre l’église Notre-Dame de Fatima, qui avait fait plus d’une dizaine de morts. [Cette église avait été attaquée le 28 mai 2014, et la mosquée avait été mise à sac le lendemain, NDLR] Les fenêtres et les portes étaient éventrées, il n’y avait plus de toit…

La mosquée du quartier Lakouanga, à Bangui, est actuellement en travaux.

En décembre, je me suis dit qu’il fallait la reconstruire, pour favoriser la réconciliation entre les musulmans et les chrétiens dans le quartier. J’ai commencé à prendre contact avec quelques musulmans, puis mobilisé des chrétiens également. Le 2 mai, on a mis en place un comité de reconstruction et les travaux ont commencé. Les fidèles sont revenus prier à la mosquée à ce moment-là, et le culte a repris normalement.

Les prières ont repris en mai dans la mosquée du quartier Lakouanga, à Bangui.

Le budget des travaux est estimé à 100 millions de francs CFA [soit 152 000 euros environ]. On a déjà récolté 3 à 4 millions de francs CFA en dons. L’ambassade de France a également donné 10 000 euros. Mais je ne sais pas combien de temps dureront les travaux, car ils avancent au fur et à mesure qu’on reçoit des dons…

La situation s’est normalisée par rapport à l’an dernier… En 2014, les musulmans vivaient sous la terreur. En raison de la crise, la grande majorité d’entre eux s’étaient repliés dans l’enclave du PK5, le principal quartier musulman de Bangui, où se trouve la grande mosquée centrale. Et ils faisaient profil bas en dehors de ce quartier.

“Les fidèles sont contraints de prier sur la chaussée, mais ça ne pose pas de problèmes aux non musulmans”

Issa Nimaga-Sissakho est le secrétaire général de la mosquée en cours de reconstruction, dans le quartier Lakouanga.

L’an dernier, on faisait le ramadan en cachette, car on avait peur. Il n’y avait donc pas de prières de groupe à la mosquée. Mais c’est très différent cette année. On peut faire le ramadan et aller à la mosquée normalement. Beaucoup de fidèles se rendent à celle de Lakouanga, le soir en particulier. Ils sont néanmoins contraints de prier sur la chaussée en raison des travaux. Mais ça ne pose pas de problèmes aux non musulmans, qui sont plutôt tolérants.

D’une manière générale, la sécurité des musulmans s’est nettement améliorée. Beaucoup de ceux qui avaient fui la capitale sont revenus et ont rouvert leurs boutiques. [90 % de ceux qui vivaient à Bangui avaient quitté la capitale, fuyant les exactions commises par les anti-Balaka, NDLR] On peut désormais circuler sans crainte, pour aller au marché par exemple, alors qu’on était toujours inquiets l’an dernier… De même, les chrétiens peuvent faire leurs courses normalement au PK5.

Quartier du PK5, à Bangui, le vendredi 19 juin, pendant le ramadan.

Il n’y a aucun souci dans les quartiers sud de Bangui. Par contre, c’est encore assez tendu au nord, dans les 4e, 5e et 8e arrondissements. D’ailleurs, je n’ai pas mis les pieds sur place depuis un an et demi. On ne peut pas aller là-bas en tant que musulmans, car il y a des bandits qui opèrent, se présentant comme des anti-Balaka. Mais même des chrétiens se font agresser…

Bien qu’elle se soit nettement améliorée ces derniers mois, la situation demeure fragile en Centrafrique, peuplée à 80 % par des chrétiens. Fin mai, une fillette a été tuée à Bangui, en représailles après la mort d’un commerçant musulman. Selon l’ONG Human Rights Watch, les tensions entre chrétiens et musulmans perdurent également dans le reste du pays. D’où lereport des élections présidentielle et législative en octobre, initialement prévues en novembre 2014.

Le conflit opposant l’ex-Séléka – une rébellion composée majoritairement de musulmans – et les anti-Balaka – des milices d’autodéfense essentiellement composées d’animistes et de chrétiens – a également provoqué le déplacement du quart de la population centrafricaine, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

observers.france24

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