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RD Congo : “Il n’y aura probablement pas d’accord politique avec le M23”

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Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a affirmé, mardi 5 novembre au matin, avoir obtenu une “victoire totale” sur la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) dans le Nord-Kivu, une région isolée de l’est du pays où la rébellion était née en avril 2012. La direction du M23, issue de la mutinerie d’anciens rebelles – essentiellement tutsis – qui avaient été réintégrés dans l’armée, a annoncé peu après qu’elle abandonnait la lutte armée dès ce jour.

Thierry Vircoulon, directeur du projet Afrique centrale à l’International Crisis Group (ICG), décrypte les implications de l’annonce de l’abandon de la lutte armée par le M23.

Pour quelles raisons le Mouvement du 23 mars (M23) a-t-il décidé derenoncer à la lutte armée ?

Ils sont en débandade. C’est la débâcle. Ils ont perdu la bataille sur le terrain. Par ailleurs, il y a eu un isolement diplomatique du Rwanda, qui soutenait le mouvement et, en conséquence, un lâchage effectif du M23 par Kigali. Le M23 lui-même a été un échec politique avant d’être un échec militaire. Il n’a jamais réussi à avoir le soutien de la population du Nord-Kivu. Enfin, le rapport de force a changé sur le terrain car l’armée congolaise semble avoir connu une renaissance avec l’appui de la brigade d’intervention de la Monusco (Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo).

La direction du M23 a affirmé vouloir poursuivre “par des moyens purement politiques la recherche de solutions aux causes profondes qui ont présidé à sa création”. Que peut-elle désormais espérer des négociations avec le gouvernement congolais ?

Rien. Les autorités congolaises peuvent émettre des mandats d’arrêt internationaux contre les dirigeants du M23 et demander notamment à l’Ouganda de leur livrer ces personnes. L’Ouganda a dit ne pas vouloir donner l’asile politique à Bertrand Bisimwa, le président du M23. Le chef militaire du groupe, Sultani Makenga, serait quant à lui au Rwanda.

On ne se dirige pas vers la signature d’un accord entre le gouvernement congolais et la direction du M23. Parler de pourparlers était un subterfuge de Kinshasa pourgagner du temps.

Le gouvernement congolais a toujours privilégié l’option militaire. Lors des pourparlers de Kampala [la capitale de l’Ouganda, ndlr], il a été forcé de s’asseoirà la table des négociations parce qu’il venait de perdre Goma. Et s’il a maintenu le théâtre des négociations, c’était pour ne pas heurter le président ougandais, qui en était l’orchestrateur, et pour ne pas apparaître comme le méchant dans l’histoire.

Quel avenir peuvent avoir les combattants de ce mouvement ?

On peut imaginer que les simples soldats seront réintégrés dans l’armée congolaise si Kinshasa leur en fait l’offre. Ce n’est pas impossible. Mais pour les dirigeants, il n’en est plus question. Le plus logique est que le gouvernement congolais les réclame par la voie judiciaire.

Beaucoup de combattants sont réfugiés au Rwanda depuis l’année dernière, mais ils sont désormais embarrassants pour ce pays, tout comme pour l’Ouganda, dont les liens avec le M23 ont été dévoilés.

Les envoyés spéciaux des Nations unies dans la région des Grands Lacs ont souligné que ce n’était “qu’une étape vers la résolution du conflit et de l’instabilité persistante, ainsi que l’éradication de tous les acteurs armés illégitimes en RDC”…

Il existe effectivement une vingtaine de groupes armés dans le Nord-Kivu. La question est désormais de savoir si le M23 est le premier d’entre eux à tomber. Et si cela marque le début d’une nouvelle dynamique et stratégie contre les groupes armés lancée par Kinshasa et l’ONU ou si c’est un exemple unique.

Les autorités congolaises ont dit s’intéresser à la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda [un groupe armé hutu qui lutte contre Kigali, ndlr]. Ce pourrait être le début d’une politique de neutralisation des groupes armés mise en place par le gouvernement congolais et les Nations unies. Ils en ont les moyens militaires et ont fait leurs preuves avec le M23.

L’option militaire est cependant limitée à plusieurs égards : il manque un programme de démobilisation et de réintégration des combattants congolais, qui n’existe que pour les combattants étrangers. Par ailleurs, la question qui se pose est de savoir si la tactique qui a fonctionné avec le M23 peut égalementfonctionner contre tous les autres, qui constituent une grande diversité de groupes en termes de tactique, d’implantation, et ne représentent donc pas tous le même danger. Certains fonctionnent sur un mode de guérilla, d’autres ont une implantation locale forte.

 Hélène Sallon

  • Maghreb et Moyen-Orient

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